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Banda Gbambiya

Banda Gbambiya
République centrafricaine

Les populations établies en République Centrafricaine sont issues de différents flux migratoires au sein desquels contacts et emprunts se sont produits.

Les Banda Gbambiya appartiennent au groupe banda qui comprend plus de cinquante sous-groupes parlant chacun un dialecte qui lui est propre. La majorité d’entre eux sont installés au centre est du territoire centrafricain alors que les Gbambiya , eux, sont situés en pays gbaya, au nord-ouest (voir Carte 1).

S’agissant de populations à tradition orale, il est extrêmement difficile de relater leur histoire : il n’existe pas de trace écrite sur la région avant le XIXème siècle. Cependant les recherches archéologiques et linguistiques qui y sont menées permettent de poser quelques jalons historiques quant à l’occupation du territoire et l’origine géographique probable des différentes ethnies.

La découverte de certains outils microlithiques laisse supposer la présence d’une population importante en Centrafrique qui remonterait à environ 15.000 ans. Pour l’archéologue Pierre Vidal, il devait s’agir d’une communauté de type pygmoïde (Vidal 1969 : 113).

Confrontant ses propres travaux archéologiques à ceux de J.M.C. Thomas et de Luc Bouquiaux en linguistique, Vidal précise que les langues parlées par les différents groupes présents actuellement en République Centrafricaine sont issues de langues pratiquées depuis au moins 2000 ans. Ces communautés d’agriculteurs auraient subi une extension démographique qui les a conduit à étendre leur territoire (ibid. : 116), aidées en cela par la présence d’un très riche réseau hydrographique. Selon l’historien David Birmingham

"Gradually the Ubangian peoples, ancestors of the Baya and the Banda and the Azande, spread east to the Nile watershed absorbing most of the woodland population whom they met." (Birmingham : 13).

Toujours selon Vidal, la différenciation, l’individualisation des groupes se serait effectuée à l’âge de Fer (début de notre ère jusqu’au XVIIIème siècle) (Vidal 1969 : 123). Cependant, les migrations et les contacts qu’elles ont entraînés entre les populations ont permis des échanges de traits culturels et linguistiques, voire l’abandon d’une tradition pour l’adoption d’une autre. Comme l’explique Dennis D. Cordell au sujet des populations de la savane du nord centre-africain :

"Ethnic groups are not discrete entities, but open groups whose membership and identity shift constantly. Not only do groups expand and contract, but also their characteristics alter through time. As in other parts of the continent, ethnic groups in North-Central Africa formed and dissappeared ; most are amalgams. The history of the Azande, initially a mixture of various peoples living south of the Mbomu river, is the history of an ethnic group in formation. Other groups have all but disappeared. The Sabanga of the Central African Republic (CAR), took the language and characteristics of the Banda in the early nineteenth century. Today they are largely ‘Banda-ised’, and their earlier identity is but a vague memory in the minds of old informants". (Cordell 1983 : 30).

Un missionnaire, Charles Tisserant et un photographe aux armées, spécialiste des photos aériennes, Antonin-Marius Vergiat, ont montré un très vif intérêt pour les traditions locales. Le premier s’est particulièrement intéressé à la langue banda. Il est l’auteur d’un dictionnaire pluri-dialectal-français (Tisserant 1931), s’attachant particulièrement à l’étude de la flore (Tisserant 1950). Le deuxième a pu étudier différentes manifestations religieuses dans diverses populations (Banda, Gbaya, Manza, Ngbaka-Manza) et en donne des descriptions précises (Vergiat 1937 et 1951). Les rituels qu’il décrit ayant totalement ou en partie disparu, la valeur de son témoignage reste inestimable.

Ces ouvrages, par la rigueur et la précision de leurs auteurs, constituent toujours à l’heure actuelle des références.

Les razzia esclavagistes du XVIIIème siècle et l’arrivée des Européens ont entraîné de fortes modifications dans l’organisation sociale. Avec les maladies microbiennes, elles sont les principales causes de la baisse démographique et de la désertion de l’est du territoire centrafricain. Selon FranceCloarec-Heiss :

"Originaire d’une région qui s’étend du Dar four au Bahr-el-Ghazal (au sud-ouest du Soudan), le groupe banda s’est établi, après l’arrêt de nombreuses migrations est-ouest des XVIIIème et XIXème siècles, dans la moitié est de la République Centrafricaine. Il représente actuellement, selon les plus récentes données, plus du tiers de la population de ce pays avec un chiffre que l’on peut situer autour de 500.000 personnes. Des fractions plus ou moins importantes se sont dissociées de ce groupe, soit en poursuivant plus avant leur percée vers l’ouest ou le sud, soit, au contraire, en restant sur leur lieu d’origine au Soudan. (Cloarec-Heiss 1986 : 15-16).

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Aire dialectale banda
Auteur : France Cloarec-Heiss

Les Banda Gbambiya , quant à eux, sont également installés en milieu gbaya, au nord-ouest du territoire centrafricain dans la préfecture de l’Ouham. Cependant ils ne sont à proximité d’aucun autre groupe banda.

Un récit recueilli auprès de Joseph Yadéré, vieux facteur de xylophones banda gbambiya , permettrait de faire remonter l’installation des Gbambiya dans la région de Bossangoa à l’époque du sultan Senoussi (fin du XIX ème siècle) :

"Si les Gbambiya sont établis ici, ils n’étaient pas les premiers ; il y avait les Banda Yangere qui nous devançaient. Nous, on était en deuxième position puis, comme on était acculés, harcelés par les Arabes qui venaient du Soudan, on était la deuxième vague à être par là. Puis à un moment, il fut dit que du côté de Bambari, un homme nommé Bambari nous demandait de rebrousser chemin parce que nos ravisseurs étaient repartis. Nous, nous n’avons pas pu, parce que la trace que laissaient nos frères avait disparu, dispersée par un troupeau d’éléphants. Donc on était coupé, empêché de suivre leurs traces. Eux cheminaient pour retourner vers l’est."

Il n’existe pas d’écrit ancien sur les Gbambiya . La première pénétration européenne dans la région de Bossangoa est extrêmement récente et date de 1896. De fait, les Gbambiya sont exclus des descriptions générales sur les Banda du centre-est du territoire et également de celles des Gbaya, qui tout aussi globalisantes, n’ont pas fait cas des isolats présents sur le même terroir.

La meilleure illustration que nous ayons trouvée de ce manque de précision dans les descriptions est extraite des relations de voyage en Afrique Centrale d’André Gide et Marc Allegret (1925-1927). Si Gide dans Voyage au Congo et le Retour du Tchad donne des descriptions musicales impres-sionnantes par leur précision, Allegret dans Carnets du Congo. Voyage avec André Gide., s’est attaché à indiquer le nom des populations (rarement des sous-groupes) et des lieux. C’est ainsi qu’arrivé à Bossangoa et flânant sur les rives de l’Ouham le 21 décembre 1925, il note :

"Petit village sara, sympathique et accueillant, dominant l’Ouham. Puis, plus loin, un village administratif où sont logés les “passagers indigènes” et les gens de toutes les races : il y a un coin des Banda, des Bongiri, des Baya, etc."(Allegret 1987 réédition de 1993 : 148)

Il s’agit sans doute de l’actuel quartier Gbambiya de Bossangoa, situé en surplomb de l’Ouham, où l’on retrouve également d’autres ethnies immigrées en ville, dont les Sara.

Quant au village de Bakaba dont le nom est celui d’un lignage gbambiya , il pourrait être la configuration actuelle du Bakabia d’où étaient originaires les porteurs boudiguiri qu’Allegret a rencontré le 23 décembre 1925 :

"Faisons connaissance avec nos porteurs qui viennent canguer nos cantines. Ce sont des Boudigri de la région de Bakabia, réputée par l’administration comme encore non “assouplie” et peu enrégimentée" (Ibid. 153)

Village de Bakaba - 403.8 ko

Village de Bakaba
Photo : Sylvie Le Bomin

Dans son ouvrage, Allegret s’est attaché à dénoncer les conditions d’exploitation des populations locales par l’autorité coloniale. Ainsi, lors de son séjour dans la région de Bossangoa, il découvre à plusieurs reprises les conditions déplorables dans lesquelles les individus sont arrachés de leur village pour participer à des travaux collectifs de construction des pistes par exemple ou de cultures. Il note que toutes les générations subissent le même sort y compris des enfants très jeunes. Ce thème de l’exploitation de l’enfance se retrouve dans un chant banda gbambiya , kina anaché wala wala (petits/enfants/tous/tous) “tous les petits enfants”. Si les phrases chantées sont peu explicites au premier abord, pour les Gbambiya ce chant leur rappelle que pendant la période de colonisation, un administrateur avait exigé que tout individu, y compris les jeunes enfants, travaille à la culture du coton.

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Kevin, Bonne Année, Sylvie et Patrice. Les enfants de Bakaba
Photo : Sylvie le Bomin

Installés à la périphérie de Bossangoa, les Boudiguiri ont des relations d’échange particulières avec les Gbambiya , puisque ces derniers commandent aux forgerons des premiers , les hochets corporels en métal que les mères de jumeaux doivent porter à la naissance de ceux-ci et à toutes les cérémonies les concernant. Au demeurant, ils sont toujours très proches géographiquement puisque les premiers villages boudiguiri sont mitoyens des derniers villages gbambiya .

Les premiers travaux concernant les Gbambiya à proprement parler sont pour la plupart ceux d’ethnomusicologues, plus particulièrement de Vincent Dehoux . Ils ont depuis lors été mentionnés dans plusieurs articles, publiés ou non.

Les Gbambiya sont répartis en deux zones géographiques : la première, sur l’axe Bangui-Bossangoa, la seconde sur l’axe Bossangoa-Bozoum.

Ce deuxième groupe est actuellement morcelé en de très petits villages, plutôt en hameaux isolés, dont l’agglomération la plus importante est le village de Voudou, commune kare et gbambiya , dont la portion de village s’appelle Bakaba. La communauté gbambiya la plus importante réside sur l’axe Bossembélé-Bossangoa et se compose d’une vingtaine de villages d’inégale densité.

Le patrimoine musical des Banda Gbambiya est extrêmement diversifié aussi bien dans ses fonctions sociales que dans ses différents modes de production. La musique est associée aux différents rituels qui jalonnent la vie d’un individu ou de la communauté, tout comme elle l’est à différentes activités quotidiennes de travail ou de divertissement. Cependant, les circonstances qu’elle accompagne ne sont en rien spécifiques aux Gbambiya .

L’ensemble de la population participe à l’activité musicale, que ce soit tous ensemble, soit en fonction de l’âge soit encore en fonction du sexe. D’une génération à l’autre, et pour un même sexe, les musiques pratiquées seront à peu de chose près les mêmes.

La musique est dans sa grande majorité vocale et instrumentale, parfois uniquement a capella et très rarement seulement instrumentale. Les pièces instrumentales et vocales sont essentiellement vouées à l’accompa-gnement des cérémonies rituelles. Les musiques a capella sont quant à elles dévolues au domaine profane et plus particulièrement liées aux circonstances d’exécution réservées aux femmes et/ou aux enfants.

L’inventaire des circonstances de la vie gbambiya faisant intervenir la musique montre que toutes les manifestations rituelles sont à la fois instrumentales et vocales (excepté une pièce de l’initiation sumalé ), et que seules les circonstances réservées aux femmes ou aux enfants ne sont que vocales. Très tôt l’activité musicale des garçons et des filles se distingue par le fait que les jeunes garçons accompagnent le travail qui leur est réservé avec un instrument de musique, contrairement aux jeunes filles qui, associées très jeunes aux activités journalières des mères, en adoptent les pratiques musicales, essentiellement a cappella.

Par ailleurs, la majorité des manifestations rituelles font appel aux xylophones tout comme le divertissement collectif, attestant par là même l’importance de ces instruments dans le système socio-religieux.

A chaque circonstance rituelle correspond une instrumentation particulière, marquant par un accessoire sonore - hochet de différents types, calebasse - la spécificité de chacune des cérémonies. Ainsi, lors qu’une pièce change de circonstance, elle change également de timbre du fait de son adaptation à l’instrumentation propre à chacune des manifestations dans laquelle elle intervient. Elle change parfois de fonction comme la pièce aburu da kongbo qui dans une cérémonie du culte des jumeaux sera un moyen de les célébrer et dans une cérémonie de possession, une pièce d’identification de l’“ancêtre” possesseur.

Il existe des ensembles composés de pièces exogènes et des ensembles ayant des pièces endogènes. Les ensembles faisant appel aux pièces exogènes sont tous liés de près ou de loin à la musique pour xylophones. Trois sortes de liens entre les ensembles peuvent être envisagés :
-  un premier lien unissant deux ensembles rituels, sachant que seul un fragment de l’ensemble peut être concerné ;

-  un second lien unissant des ensembles rituels ( ameya ou kobo ) à un ensemble profane (divertissement intimiste).

-  un troisième lien unissant les musiques du divertissement collectif et celles du divertissement intimiste.

-  pour la plupart des chants rituels appartenant aux musiques pour xylophones, il n’existe pas de temps ni d’espace propres à l’exécution de chacun, mais propres aux circonstances qu’ils accompagnent. Pour les Gbambiya il s’agit d’un mode de "composition" comme un autre, par variations sur un même thème .

Varier n’apparaît pas comme un procédé d’ornementation mais comme quelque chose de beaucoup plus profond, associant toutes les composantes d’une performance musicale : moment, lieu, participants, instruments. La musique concernée prend des fonctions multiples (rituel, divertissement) sans changer d’identité, sans changer de nom par exemple.

Elle peut ainsi permettre d’entrer en communication avec les “ancêtres” et provoquer la transe ou, selon les cas, servir au divertissement de la communauté, mais aussi à la réflexion d’individus sur un thème. Les ensembles sont ainsi en perpétuel mouvement, renouvelés non par des créations mais par "transpositions".

Auteur : Sylvie Le Bomin

Références bibliographiques :

Répertoires :
-  Berçage
-  Chasse
-  Culte des jumeaux ( ameya )
-  Circoncision (ganza koché)
-  Divertissement initmiste (kotara)
-  Divertissement collectif (kevere kotara)
-  Exorcisme ( kobo )
-  Gardiennage des champs
-  Guerre ( gbanga )
-  Initiation au culte de sumalé
-  Jeux d’enfants (kotara anashé)
-  Levée de deuil ( kuzu )
-  Piégeage des poissons

Instruments :

-  arc en terre (kunde)
-  calebasse frappée (mbisi)
-  harpe (kunde)
-  hochet à main (ngala)
-  hochet de mollet (manga)
-  hochet de cheville (bakedje)
-  hochet-cloche en métal (engbe)
-  hochet en métal (engbede)
-  sanza (sanze)
-  tambour de bois (lenga)
-  tambour à membranes (kporo)
-  trompe (goto)
-  xylophones ( mbaza )

Voix :
-  Chanté
-  Cris modulés

Procédés plurilinéaires
-  Contrepoint
-  Homorythmie
-  Imitation
-  Polyrythmie
-  Tuilage


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