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Situé au confluent de l’Ogooué et de la Mpassa, à l’Ouest, et s’étendant jusqu’au bassin du Congo, lepays Batéké est formé par six grands plateaux (Altogovéen, Kukuya, Mbé, Nsha, Djambala, Bebaan) qui culminent à 860m d’altitude et couvrent près de 12 000km2, s’atalant sur près de 500km du nors au sud et 250km d’est en ouest, entre 10° et 5° S en latitude et 13°05’ et 16°20’ E en longitude. Le climat de la région est rythmé par l’alternance de deux saisons sèches et de deux saisons des pluies : la petite saison sèche, qui débute en décembre et se termine en février, la petite saison des pluies qui s’étend ensuite jusqu »en mai, puis la grande saison sèche, de fin mai à mi-août, et enfin, la grande saison des pluies, de la fin du mois d’août au mois de novembre.
Les Teke appartiennent à la famille des langues bantu et plus particulièrement à la famille des mbede. Ils sont divisés en une trentaine de sous-groupes ethniques (djinini, atege, tsaj pour les trois plus importantes). Bateke pour les uns Atege pour les autres, ainsi sont dénommées les populations des hauts plateaux du sud-est gabonais. Ces deux noms proviennent d’une déformation progressive du nom « Anzinque » noté par les premiers voyageurs du Xvème siècle : « La théorie la plus généralement soutenue et que retiennent Avelot, Raveustein, Marquardsen, Plancquaert, Baumann et d’autres encore, voit dans les Atege actuels les descendants des Anziki. Avelot indique même l’époque à laquelle s’est produit le changement de nom : “le nom (Anzika - Angeka) s’est transformé en N’téka au XVIIIème siècle et en Nteké ou Ntegé au XIXème siècle“. » (Mbot 1974 : 4) Appellation adoptée par les autorités coloniales puis par les populations elles-mêmes, il n’en demeure pas moins que Otege (Atege au pluriel) est le nom à travers lequel les individus se reconnaissent même s’ils utilisent couramment le nom bateke pour s’identifier auprès de l’étranger et s’est cette forme d’appellation que j’ai choisi de conserver. Cependant, Bateke est le pluriel de Teke, aussi y-a-t’il redondance à utiliser l’appellation « les Bateke ». C’est pourquoi j’ai choisi d’utiliser l’appellation « Teke » pour la suite du texte. La partie gabonaise représente la portion la plus congrue de ce grand groupe qui s’étend jusqu’à la République Démocratique du Congo. Les Atege sont inclus dans un vaste ensemble de populations entre lesquelles il existe une certaine parenté linguistique et culturelle. La synthèse des travaux menés dans ce sens, effectuée par Jean-Émile Mbot, montre bien les difficultés rencontrées pour distinguer le même, le proche et le différent et les travaux linguistiques qu’il mentionne à cette occasion montre qu’il n’existe pas de situation tranchée et que certains sous-groupes s’inscrivent à la frontière d’un continuum : « Monseigneur Adam divise par la suite ce qu’il appelle les langues “Téké” en quatre groupes ; avec cependant une intercompréhension des groupes en présence. Ainsi d’après lui, un Ndumu comprend facilement un Mbede ou un Tegé mais aura du mal à comprendre un Boma ou un Ndzébi. En réalité quand on fait la route Akiéni - Lekoni - Bongoville - Ondili, on remarque que les zones d’intercompréhension sont des zones tampon, les Ategé de la forêt jouant par exemple le rôle de tampon ». (Mbot 1974 : 6) La classification la plus récente du groupe Teke est due au linguiste anglais Malcom Guthrie (1971 : 36) et donne la répartition suivante. Le groupe teke est du type B70 et se divise en 14 sous-groupes plus ou moins proche les uns des autres. Les travaux de Guthrie ne mentionnent que des groupes localisés sur les deux versants du Congo. Le Congo-Brazaville accueille les Tege-Kali (B.71a), les Njinini (B.71b), les Ngungwel ou Ngungu lu (B.72a), les Mpumpu (B.72b), les Tsaayi (B.73a), les Laali (B.73b), les Yaa ou Yaka (B.73c), les Kwe (B.73d), les Ndzindziu (B.74a), les Boo ou Boma (B.74b), les Kukwä ou Kukuya (B.77a), les Fumu (B.77b) ; les Mosieno (B.76a), les Ndee (B.76b), les Wuumu ou Wumbu (B.78) sont au Congo Kinshasa (République Démocratique du Congo). Les Bali ou Tio ou encore Teke (B.75) sont, quant à eux, identifiés de part et d’autre de la frontière. La langue teke, comme les autres langues d’origine bantu, est une langue à tons. C’est-à-dire qu’une syllabe peut changer de sens suivant la hauteur tonale sur laquelle elle est prononcée. Concernant l’utilisation de la voix, ceci n’est pas sans incidence sur les pratiques vocales particulières à la musique teke. Siué dans le plateau altogovéen, à une quarantaine de kilomètres de Lekoni et à quelques kilomètres seulement de la frontière avec le Congo, en plein cœur d’une plaine immense et désertique (moins de 2 habitants/km2) où une savane faiblement arboré s’étend sur de vastes étendues ponctuées de forêts galeries qui ne couvrent que de très faibles superficies, Odjouma est une petite communauté tege d’une trentaine de familles, issue du regroupement de trois villages, Djogo,Oyouo et Lekori. Construit vers la fin des années soixante dans l’une de ces petites tâches de forêt, propices au développement d’arbres fruitiers et proches d’un point d’eau, élément critique de l’établissement d’un nouveau village, Odjouma est placé sous l’autorité d’un chef de regroupement, désigné à vie par l’ensemble du village et reconnu en préfecture. Cent cinquante personnes environ y vivent en permanence.
Les Otege n’ont pas de terme spécifique pour dire musique, comme un bon nombre de sociétés africaines. Il existe cependant le terme mpa qui signifie aussi bien chant que danse.
Les danses teke présentent une constante dans l’organisation des chants au sein du répertoire : il existe pour chacune d’entre elles un chant précis qui doit être exécuté au début de chacune des prestations et à des moments particuliers de l’exécution de la danse. Ces chants que les Teke nomment kanguhu, les incluant ainsi dans une catégorie à part, sont reconnues comme étant porteuses de l’identité de la danse, de son passé et de son présent - le chanteur soliste doit en effet mentionner tous les « grands ancêtres de cette danse » qui ont laissé une trace dans la mémoire des vivants mais également décrire le contexte de la manifestation en cours - et constitue également une source de cette fameuse énergie qui permet aux ancêtres et aux vivants d’entrer en communication. Ces chants sont en quelque sorte la représentation modèle d’une danse dans le sens où ils en portent tous les traits identificatoires que ce soit sous la forme de la musique ou du texte oral qu’elle supporte. Je ne me consacrerai ici qu’à la partie musicale. La danse onkila possède ainsi plusieurs chansons kanguhu suivant la nature du nkila en cause dans la maladie de la personne venue consulter. Le langage musical teke peut se définir par les caractéristiques suivantes :
Dans les deux cas, la période comprend 24 valeurs minimales et c’est cette parité sous-jacente qui permet la cohabitation de deux subdivisions, binaire et ternaire, entre des parties différentes pour une seule et même pièce, la durée totale du cycle étant adaptable aux deux cas de figure. Les musiques teke exposent trois modalités de mixage du binaire et du ternaire ; cette particularité qu’évoquait Sallée en 1978, se retrouve d’une partie instrumentale, celle du ngwomi , à un mouvement corporel lié à la technique de jeu de l’instrument : « Au rythme ternaire continu de la formule instrumentale, s’adjoint le mouvement binaire continu du genou de l’instrumentiste, bouchant et débouchant alternativement l’ouverture du son ». (Sallée 1978 : 17) Elle se présente également entre deux parties instrumentales par des accentuations contramétriques perturbant la perception du repère métrique que constitue la pulsation. Ainsi, alors que la subdivision de la pulsation est identique entre les deux tambours, le jeu des accents donne à entendre une formule polyrythmique où l’antagonisme des rythmes résulte du jeu des accents réalisés par des coups sonores alors que les coups secs matérialisent les valeurs minimales qui sont de même durées entre les deux parties. C’est ce que l’on peut observer dans la formule rythmique du tambour kakani pour les danses ngungu et mbali d’une part et olamagha d’autre part. Enfin, on la trouve entre deux parties vocales d’un même chant. Les parties de djimi et d’ayalighi du chant abire nkele des ebanighi sont un exemple frappant de superposition de deux modes de subdivision de la pulsation, binaire pour la première et ternaire pour la seconde. La constante des 24 valeurs minimales est maintenue du fait que le cycle de la partie de djimi est de six pulsations alors que celle de l’ayalighi est de huit pulsations , la durée de chaque valeur minimale étant égale d’une partie à l’autre.
Ces principales caractéristiques, tout comme l’existence des trois parties vocales et principalement celle d’okimi, permettent de distinguer les répertoires identifiés par les Altogovéens comme d’origine teke de ceux qu’ils sont connus pour avoir empruntés et qui correspondent aux danses respectives qui accompagnent les cérémonies de deux cultes initiatiques, le nzobi et le mongala . Auteurs : Marc Delêtre et Sylvie Le Bomin (Extrait de Musiques Bateke. Mpa Atege. Editions Sepia, 2004) Références bibliographiques :
Répertoires :
Instruments :
Voix :
Procédés plurilinéaires
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